Jusqu'ici tout va bien : Nocturama, drame décadent de Bertrand Bonello. - Critique Cinema

    

Paris, un matin. Quelques jeunes hommes et femmes de milieux divers évoluent un par un, dans les dédales du métro. Ils ont l'air de suivre des trajectoires précises. Ils évitent de se regarder. On pressent qu'ils se connaissent, mais on n'en est pas sûr. Pas de dialogue, on les suit dans leur vie, les heures sont marquées. La tension est oppressante.  

 

Avec un sujet brûlant au possible, Nocturama, drame de Bertrand Bonello (L'Apollonide : souvenirs de la maison close, St Laurent) ressemble à un ovni. Ennemis du spoiler, allez voir le film et revenez lire la suite. Impossible de ne pas dévoiler l'histoire en évoquant le film, vous êtes prévenus !

Bertrand Bonello a écrit le scénario depuis très longtemps et le film se détache des événements récents. Il est librement inspiré du livre Glamorama de Brest Easton Ellis. Des jeunes désoeuvrés de milieux divers se rejoignent dans une rébellion contre la société.  On relèvera un face à face très symbolique de la banlieusarde Sabrina (Manal ISSA) défiant la statue de Jeanne d'arc. Le film décortique précisément les actions de sept jeunes hommes et femmes. Bonello explore le « comment » de leurs actes mais jamais le « pourquoi ». Le spectateur adhérera ou pas au fait que les motivations des personnages restent floues, mais c'est un procédé narratif extrêmement intéressant. La moitié des comédiens sont non professionnels.

 

La force du film réside dans un scénario construit comme une partition qui scinde l'histoire en 2 parties distinctes. La première est dans l'action, très ordonnée, le temps est décompté. On suit par un montage parallèle les actions des différents personnages filmés de manière très froide, sans dialogue. A 14h07 le premier personnage passe en métro à la station La fourche, puis on suit une jeune femme qui elle, arrive au métro à 14h07 et ainsi de suite. On ne connait pas les protagonistes. On comprend juste qu'ils sont déterminés à accomplir quelque chose de pas très positif. Un plan de métro final nous indique que toute cette mécanique préparatoire est parfaitement maîtrisée. La musique électronique ajoute au côté thriller. Un flash-back nous confirme que les personnages font partie d'un même groupe : tous dînent ensemble et préparent leur projet. On regrette une mise en place des choses un peu longue avant que les personnages ne dialoguent entre eux. On n'approchera pas réellement leur psychologie : ce sont des êtres déterminés dont on ne justifie pas les motivations.

Dans un second temps les jeunes se retrouvent au grand magasin. Là, le temps s'écoule lentement. Les personnages attendent de pouvoir sortir après avoir fait exploser leurs bombes dans la capitale. Ils sont isolés, sans savoir ce qu'il se passe à l'extérieur, comme le spectateur. Ils écoutent des musiques, dansent. C'est un autre monde : les personnages sont plantés au milieu d'un symbole de la mondialisation (le magasin) qu'ils dénoncent et pourtant ils en profitent : ils se rhabillent ; costumes, robes, maquillage... bains, tout est permis dans cet espace artificiel. Yacine (Hamza Meziani) se retrouve face à face avec un mannequin habillé comme lui... On se rend compte de l'absurdité de ces jeunes personnages qui profitent de ce qu'ils rejettent en bloc. L'atmosphère oppressante confirme les propos de Adèle Haenel : « cela devait vraiment arriver », répondant à David (Finnegan Oldfield) sorti du grand magasin pour fumer une cigarette. L'inconscience de celui-ci est confirmée par son invitation lancée à un SDF à venir se restaurer dans le magasin sans tenir compte des risques.

 

Très ancré dans l'actualité, la construction narrative de cette fiction est très intéressante et on est ravis de voir un film qui ose. La réflexion sur un certain désoeuvrement de la jeunesse amenant à la violence n'est aujourd'hui pas à négliger. Le film qui devait s'appeller « Paris est une fête » a dû changer de nom suite aux événements récents. Nocturama est le titre d'un album de Nick Cave. Cela signifie « vision de nuit » mais pour Nick Cave il s'agit de la zone d'un zoo créé spécialement pour les animaux nocturnes. Une symbolique forte qui colle à la peau de ces personnages perdus.

 

Stéphanie Lannoy a son propre site

 

https://madamefaitsoncinema.be/

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