Que dire à ceux qui vous reprocheront d'avoir humanisé Sarkozy ?
Je ne voulais pas écrire un pamphlet sur un personnage grimaçant ou ridicule. Je voulais le montrer dans toute sa complexité mais aussi sa faiblesse. Qui conquiert le pouvoir en perdant, peut-être, l'essentiel. Montrer le contraste entre l'homme qui se veut politiquement celui de la situation et sa quasi détresse privée. C'était un choix : montrer ses fêlures. Sarkozy n'est pas un monstre mais un fauve de la politique. Mais dans ses rapports personnels, on pense presque à un enfant.
Pourquoi un scénario sur Sarkozy ?
En travaillant sur Chirac et Mitterrand, j'ai été frappé par le côté romanesque des personnages. Je savais que ça ferait du cinéma formidable. J'avais cette envie de fiction avec vrais personnages, vrais noms. J'ai convaincu des producteurs de se lancer dans une vraie histoire à l'anglo-saxonne. En France, il y a comme un mur. On n'y a pas vraiment fait de film sur les hommes politiques proprement dit. Il y a le côté prosaïque : les financiers du cinéma hexagonal ne pensent pas que ça peut attirer des gens en salle, et donc rapporter de l'argent. Pour ça, le film a eu du mal à se monter. Il y a une tradition culturelle française qui, contrairement au ciné US qui se sert de l'écran comme grand divan social et politique, évite cela.
Les Américains font 50 films sur le Vietnam, l'Irak ou l'Afghanistan - et sans doute, quatre films sont déjà en préparation sur Ben Laden - nous, on a mis 40 ans pour faire un film sur la guerre d'Algérie. On a une culture difficile, différente. Il faut faire la preuve par l'exemple.
"La Conquête" ouvre une porte ?
J'espère. Si on voit le film aujourd'hui, on se dit que oui, c'était évident mais quand on est parti, ça l'était nettement moins !
Par peur du personnage ?
Oui car quand même, c'est le président de la République. Les gens qui tiennent les cordons de la bourse y ont réfléchi à deux fois. Aucune filiale ciné des chaînes télé, de TF1 à Arte, n'a voulu y aller. Les raisons n'ont pas été que financières.
Le milieu politique est un enclos où les fauves rôdent. Et s'entretuent. Il n'y a pas de milieu aussi cruel, aussi violent. On y cherche la déstabilisation, on y glisse des boules puantes. Bref, c'est très romanesque.
Certaines phrases, justement, sont assassines. A se demander où est le vrai du faux !
Beaucoup ont été dites, d'autres sont inventées mais dans la même tonalité. Je n'arrive même plus à distinguer ce que j'ai inventé ou repris. L'essentiel, pour moi, était d'être dans la vraisemblance.
Des choses ont été censurées ?
Pas du tout. Les avocats m'ont simplement bien préciser de pouvoir "sourcer" les choses choquantes, dans la manière de parler, par exemple, certaines répliques aussi. J'ai passé un temps fou à retrouver ces sources, ces phrases ou en tout cas, si elles n'avaient pas été dites, des phrases parallèles ou des situations pas loin pour pouvoir fonder juridiquement le scénario. Mais rien n'a été enlevé. Moi, je n'ai eu aucun coup de fil, ni connu de pression en ce sens.
La fiction a-t-elle plus d'impact que le documentaire ?
Oui, même si le documentaire sur Chirac a très bien marché. La fiction permet d'entrer là où aucun documentaire n'aurait accès. De mettre en scène des rencontres, des scènes, des face-à-face connus par le travail d'enquête mais donc aucune image ne peut rendre compte. La fiction permet d'approcher la vérité, paradoxalement avec du faux. Car on invente. Moi, j'ai inventé, même si tout est très documenté. J'ai visionné beaucoup d'archives, épluché la presse de l'époque, annoté des dizaines de livres, rencontré des acteurs, des témoins. J'ai été fort soucieux non pas de l'exactitude, mais de la justesse, de la vraisemblance.
Et vous avez rencontré auparavant Sarkozy ?
Je l'ai interviewé, oui, le 23 décembre 2005, pour mon film sur Chirac. Je me suis inspiré de cette rencontre.
Cécila est très présente, or à l'époque, elle ne faisait aucune déclaration. Quels écueils ont dû être évités ?
C'était le plus difficile, délicat et compliqué. Tout ce feuilleton de son départ, son retour, son nouveau départ a eu une incidence importante. Cette histoire devait donc être présente. Ca été assez difficile à recréer. J'ai tenté de retraduire sans dépasser une certaine limite - en tant qu'auteur, on a toujours une responsabilité. On ne peut pas diffamer, injurier. On doit éviter le dénigrement ou la caricature systématiques. D'ailleurs, le scénario a été épluché par des avocats... - Mais c'est vrai que Cécilia est un personnage touchant. Certains diront, ici, plus touchant que la vraie mais ce n'est pas grave, c'est du cinéma.
Comment Sarkozy risque de réagir à ce film ?
Je pense que ce sera très contradictoire. Il a chez lui ce côté bling-bling, cinéma-cinéma qui fait qu'il peut être flatté qu'un film lui soit consacré avec, dans son rôle, un grand acteur de la Comédie Française. Ensuite, ce n'est pas un mauvais moment pour lui puisque le film évoque la conquête du pouvoir au moment où il a été assez bon dans cet exercice-là. Maintenant, je ne suis pas sûr que ça lui fasse très plaisir, s'il le voit, de replonger dans cette période douloureuse de sa vie privée.
Ce film pourrait servir à remettre la politique comme débat d'idées ?
Je pense qu'il y aura des débats, ça oui, mais je ne crois pas que ça changera des opinions. Et il n'est pas fait pour ça, heureusement. Mais il pose de vrais questions, sérieuses, sur le rôle des médias, sur la manière de piocher des voix chez le Front National, etc. Mais ça montrera, peut-être, qu'un film politique intéresse. Entre le thriller politique, la comédie du pouvoir et la tragédie du pouvoir, je crois qu'il propose un cocktail très réussi.
Votre homme politique le plus fascinant ?
Mitterrand ! Avec ses 50 ans d'activité politique, il y a moyen de faire une dizaine de films. Au moins !
Par Fabienne Bradfer
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