Le Daim - Critique Cinema

    
Critique
Le Daim

Y-a-t-il plus curieux, singulier, fou, surréaliste et excentrique dans le cinéma français que Quentin Dupieux ? Probablement pas. Le réalisateur de RUBBER, REALITE ou encore WRONG a su se faire sa place en allant se placer dans un créneau jusqu’ici peu voire pas exploité. Il est déjà de retour, moins d’un an après AU POSTE, avec une nouvelle comédie étrange : LE DAIM. Il a convié un casting alléchant composé principalement de Jean Dujardin et Adèle Haenel et c’est avec eux qu’il a ouvert cette nouvelle édition de la Quinzaine des réalisateurs.

LE DAIM, c’est l’histoire de Georges (Jean Dujardin). Tout juste séparé de sa femme, il va devoir démarrer une nouvelle vie. Cette vie, elle débute par l’achat d’un blouson 100% daim pour la modique somme de 7 500€, rien que ça ! Le blouson parle. Enfin, c’est Georges qui le fait parler. Son rêve : être le dernier blouson sur terre. Le rêve de Georges : être la dernière personne sur terre à en porter un. Ensemble, ils vont mettre leur projet en œuvre et documenter le tout en filmant leur démarche. Ils vont être aidés dans leur tâche par la serveuse du seul bar du bled perdu dans lequel Georges s’est exilé.

Le synopsis, c’est du Dupieux pur jus. Un homme qui discute avec son blouson et projette des plans machiavéliques, c’est plutôt fou et inhabituel. Pas pour Dupieux. Quand on voit le film, il n’y a d’ailleurs aucun doute sur la personnalité de son auteur. Tout à l’écran transpire le Dupieux, que ce soit au niveau du côté des thématiques abordées, les bizarreries de l’univers, de la photographie, l’ambiance sonore lourde, l’esthétique, les costumes ou encore les dialogues. C’est profondément singulier et réussi.

Le film est avant tout porté par son scénario et tout le talent de Dupieux qui va avec mais il l’est également par son duo de comédiens composé de Jean Dujardin et Adèle Haenel. Dujardin a le rôle principal. Il a des scènes incroyables à jouer, d’un point de vue strictement comédie. Il doit interagir avec un blouson en daim. Il y a mieux comme partenaire de jeu tout de même. L’acteur oscarisé doit donc proposer une palette de jeu, notamment au niveau du regard et du faciès, assez complète, variée et significative. Tout passe par là. Quant à Adèle Haenel, elle a su apporter beaucoup de choses à son personnage, pas aussi élaboré dans le scénario que ce qu’il est à l’écran. L’actrice, grâce à ses idées, a su le rendre plus riche, plus complexe et, plus intéressant que prévu au départ. Le résultat est tout simplement parfait. 

Ce qui fait que cela fonctionne si bien, c’est le fait que cela soit parfaitement équilibré. La folie est compensée par une certaine poésie. La photographie léchée est compensée par une noirceur dans le propos. Ce sont tous ces éléments et le fait qu’ils s’insèrent idéalement dans la recette écrite par Dupieux qui font la réussite de l’œuvre. C’est plutôt radical, pas aussi dingue ou complexe que des films comme RUBBER et REALITE mais c’est certainement une œuvre qui montre Dupieux à son meilleur.

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