Critique : Yomeddine de A.B. Shawky - Critique Cinema

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Père Damien, raconte-nous une histoire

Beshay, lépreux aujourd’hui guéri, n’avait jamais quitté depuis l’enfance sa léproserie, dans le désert égyptien. Après la disparition de son épouse, il décide pour la première fois de partir à la recherche de ses racines, ses pauvres possessions entassées sur une charrette tirée par son âne.

Vite rejoint par un orphelin nubien qu’il a pris sous son aile, il va traverser l’Egypte et affronter ainsi le Monde avec ses maux et ses instants de grâce dans la quête d’une famille, d’un foyer, d’un peu d’humanité…

Yomeddine est le premier premier film de la compétition qui a été présenté. Venu d’Egypte, qui représente un continent malheureusement trop souvent sous-représenté, il traite d’un sujet qui est encore un fléau, la lèpre. Enfin, il ne traite pas réellement de la lèpre mais s’attarde sur les rejetés de la société de façon plus générale mais, c’est à travers le prisme de la maladie que A.B. Shawky le fait. Beshay, le personnage principal, est un lépreux qui est guéri. Il n’est pas contagieux et seules les cicatrices qui se sont créées avec les années sont encore visibles. Défiguré, Beshay va voir sa vie prendre un tournant suite au décès de son épouse, quasiment abandonnée dans un asile.

Au départ, le film s’attarde plutôt sur la condition de Beshay. Son environnement, son lieu de vie, sa façon de vivre, ses relations, comment il a pu s’intégrer dans la société,… Ce qui intéresse A.B. Shawky, c’est cela. C’est de voir la place qu’on les rejetés de la société dans celle-ci. Ce qui rend le personnage de Beshay encore plus intéressant, c’est d’en avoir fait un chrétien dans ce pays à majorité musulman. Shawky s’interroge sur la condition humaine, la dignité, la place de chacun dans ce monde. Il le fait grâce à des personnages attachants, Beshay en tête mais aussi Obama, le petit nubien pour qui Beshay s’est pris d’affection mais aussi quelques seconds rôles dans la même veine.

 

Par la suite, le long-métrage se dirige vers le road movie. C’est plus classique, avec quelques rebondissements, pas habituels mais adaptés à l’environnement. Cette partie est sans doute moins réussie à cause de ce classicisme mais elle empreinte d’une grande bonté. Forcément, l’empathie arrive rapidement. Certains taxeront le film de putassier. Ça se discute mais, il semble évident que la démarche du réalisateur soit sincère. Lors d’un moment un peu tendu, Beshay crie « Je suis un homme ». Ces laissés pour compte sont souvent pris pour des bêtes de foire. Le fait que Beshay clame son humanité n’en est que plus fort.

Dès l’ouverture, A.B. Shawky fait preuve d’un certain talent. Il a un grand sens du cadrage, dispose de beaux décors, d’un excellent chef de la photographie et d’un bon compositeur. Il a su s’entourer et l’ensemble a livré une œuvre formellement très réussie. En témoigne le dernier plan, d’une beauté formelle et lourd de sens. Le film est porté par de talentueux comédiens, Rady Gamal en tête. Certes, en ce début de compétition, il est présomptueux de parler de prix mais, un prix d’interprétation masculine ne serait pas usurpé. Ahmed Abdelhafiz, qui incarne le jeune Obama, a également surpris.

Jolie surprise que ce Yomeddine, premier long-métrage dont on n’attendait pas grand chose. C’est le genre de film qui bénéficiera d’un grand capital sympathie et qui montre la naissance d’un réalisateur à surveiller, A.B. Shawky. Il révèle aussi au monde entier le talent de Rady Gamal et d’Ahmed Abdelhafiz, deux comédiens qui devraient marquer le festival de leur empreinte.

 

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