Le silence. Le hors cadre. L'ellipse. Voilà les trois forces majeures du 5e film des Dardenne Brothers.
Etonnant pour ces artisans naturalistes qui, jusqu'à présent, montaient leurs film comme on respire, le réel soufflant au travers de leurs plans, comme volés à la vie. Dans sa durée aussi. Avec un cadre (un peu) plus stable, moins essoufflant, plus composé, les Dardenne prennent désormais le temps de jouer avec la dramaturgie et ses artifices. Les Dardenne seraient-ils rentré dans le rang? Au contraire! En construisant l'histoire de Lorna comme un thriller et en intégrant les ingrédients du genre - suspense, intrigues, rebondissements - dans le cadre de leurs préoccupations sociales, le duo gagne en efficacité - et sans doute en public - ce qu'il perd (un peu) en émotion. Pourtant, on ne peut qu'être touché par l'histoire de Lorna (Arta Dobroshi, une révélation) à travers laquelle est évoqué le sort peu enviable des femmes exploitées par les mafias albanaise. Loin de tout didactisme, les frères Dardenne trouvent une fois de plus le ton juste, aidé en cela par une direction d'acteurs impeccable (Jeremie Renier, bouleversant en toxico) pour faire oeuvre utile sur un sujet de société. Et si les Dardenne avaient signé là leur meilleur film depuis 'La Promesse'?
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